R&D


Rêveries & Détournements

Faire évoluer nos compétences passent aussi par la réflexion et la conception. Nous partageons avec vous les avancées de notre département R&D, Rêveries & Détournements.

Mental Practice

Sfumato invite régulièrement des créateurs à partager leurs réflexions, découvertes et expériences. Cet article a été écrit par Sébastien Plays, violoniste à l’Orchestre National de Lyon.

Sébastien Plays au violon

Des chercheurs allemands et italiens se sont interrogés sur l’efficacité du travail mental (mental practice) en musique, et notamment dans la mémorisation d’un texte musical. Dans cette étude, il est intéressant d’observer quel impact ce type de travail peut avoir sur l’efficience du musicien.

La recette.
Prenez 16 pianistes droitiers : 8 hommes, 8 femmes. Choisissez les avec au moins 15 ans de pratique musicale derrière eux. Vous allez les nourrir avec 2 extraits de sonates de Scarlatti, sélectionnés pour être de difficulté et de longueur similaires. Les extraits ne comportent pas de difficulté particulière et l’essentiel du travail sera de retenir le texte.
Le 1er jour, vous les enfermez 30 minutes avec la partition de l’extrait à étudier, assis à une table, avec un crayon. Pas de piano à disposition, mais un enregistrement audio est disponible. Au bout de ce temps, sortez-les, et faites les jouer de mémoire l’extrait étudié. Remettez 10 minutes supplémentaires à l’étude, cette fois-ci devant un piano, puis refaites-les jouer dans les mêmes conditions.
Le 2ème jour, reprenez vos 16 pianistes et nourrissez-les du 2ème extrait, mais cette fois en leur mettant le piano à disposition dès le début. Ressortez-les au bout de 30 minutes, faites jouer (par cœur), puis remettez 10 minutes à l’étude. Refaites jouer.

Constatations.
En comparant les performances après les 30 premières minutes d’étude, on constate que le travail à l’instrument permet une meilleure restitution. Cela parait logique à première vue : disposer de son instrument permet un travail complet et d’éprouver son jeu en direct, tout au long du travail. On pourrait en conclure que le travail mental est d’une efficacité moindre et qu’il ne représente que peu d’intérêt. Mais intéressons-nous aux performances obtenues après 10 minutes supplémentaires d’étude. Là, les résultats deviennent tout-à-fait comparables, les différences constatées n’étant plus significatives. Ce qui signifie que 10 minutes passées sur l’instrument permettent de combler le « retard » pris lors du travail mental. Ces résultats offrent des perspectives vraiment intéressantes : pratiquer mentalement va permettre d’ « économiser » le corps, pour un métier dont on sait qu’il est extrêmement exigeant physiquement, la fraîcheur physique étant un des paramètres essentiels à une exécution réussie.

Travailler mentalement : oui mais comment ?
Les techniques de travail mental pour les musiciens sont diverses : analyse formelle de la partition, écoute d’un enregistrement de l’œuvre, évocation auditive, évocation des mouvements (visuelle et /ou kinesthésique), visualisation de la partition… La plupart du temps, le musicien utilise ces techniques de façon naturelle, intégrées à son travail quotidien et sans vraiment les amener à la conscience. Identifier et organiser ces techniques permettront de gagner en efficience. La planification des séances de travail, le découpage en objectifs partiels, l’usage de techniques de focalisation de l’attention et de la concentration constituent la base de l’organisation d’un travail mental efficace. Des techniques comme la visualisation positive, le mindfulness (méditation de pleine conscience) et pourquoi pas la relaxation sont de puissants outils permettant de reprendre le pouvoir sur son apprentissage et de gagner en lucidité. Ne pas négliger l’auto-évaluation qui doit toujours revêtir un aspect positif (qu’ai-je fait de bien dans ma prestation ? En quoi cela peut-il me servir à l’améliorer ?). Par une meilleure compréhension de soi, l’auto-évaluation permettra d’augmenter la confiance et de développer son plein potentiel.

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Pour quels bénéfices ?
Une partie du travail du musicien s’effectuant sans l’instrument, sa préservation de la fatigue physique et de ses conséquences (tendinites, dystonies de fonction…) représente le bénéfice le plus évident de cette pratique. Cela permet également d’envisager le travail dans des lieux ou moments moins propices (transports en commun, backstage pour ceux qui n’ont pas leur instrument avec eux…). Un travail mental bien construit permet également, sans aucun doute, un gain de temps considérable. La sérénité induite par la sensation du travail accompli permettra l’augmentation de la confiance en soi et, par conséquence, la diminution du stress. Une gestion maîtrisée des émotions (trac…) complète ce panorama, amenant une approche de la scène paisible et rassérénée.