R&D


Rêveries & Détournements

Faire évoluer nos compétences passent aussi par la réflexion et la conception. Nous partageons avec vous les avancées de notre département R&D, Rêveries & Détournements.

L’épopée Solidream 2 – Les défis

Explorer la nouveauté et relever des défis

« C’est certain : l’esprit d’aventure et la découverte de l’altérité étendent le sentiment de liberté et ouvrent le champ des possibles, même une fois rentré chez soi. », Solidreamp215

L’une des premières expressions de la créativité est la faculté d’étonnement et l’enthousiasme de l’enfant face à la nouveauté.

« L’acte de la découverte a un aspect disruptif et un aspect constructif. Il faut qu’il brise les structures de l’organisation mentale afin d’agencer une synthèse nouvelle. » Le cri d’Archimède, Arthur Koestler

Je vois dans le terme « défi » à la fois  un « problème » à résoudre ou un « projet » à réaliser. Mais la résolution d’un problème n’est pas un but en soi. Ce qui m’intéresse, c’est la suite. Comment il va se transformer en défi et comment ce Défi peut présenter une Opportunité en donnant au rêve d’origine une tournure inattendue.

A la recherche d'un raccourci, le groupe se retrouve prisonnier de sentiers au cœur de la jungle cambodgienne

Sortir de sa zone de confort

Se fixer des règles du jeu et rester flexibles

Voyager avec 8€ par jour et par personne sans GPS ni téléphone, sans payer ni demander d’hébergement pour rester disponibles aux rencontres. Ne pas imposer sa présence, prendre une douche chaque soir peu importe la température de l’eau, s’arrêter dès que quelqu’un de l’équipe souhaite prendre une photo, si Solidream se fixe les règles du jeu dès le départ, c’est probablement parce qu’ils ont compris que la nécessité est mère de la créativité.

« Il n’y a aucune des règles qu’on s’est posées dans un état d’esprit « on ne va jamais l’enfreindre ». D’ailleurs on a tout enfreint. On n’est pas restés campés sur nos positions. Il y a plein de choses comme ça, parfois on a fait du stop on n’a pas fait que du vélo. On n’était pas bornés. » Morgan dans Allo la planète, le Mouv’ Janvier 2014

Les règles de l’épopée Solidream ne sont pas choisies au hasard. Partir à vélo est un moyen écologique et économique ; il permet à l’équipe d’allier rapidité de déplacement et temps de partage avec les personnes qu’ils rencontrent dans chaque pays. Bivouaquer offre une plus grande immersion dans l’aventure. Vivre dehors est l’occasion de développer l’expérience sensorielle et, avec elle, une compréhension intime de l’environnement. Ses choix s’inscrivent dans la mouvance de nombreux voyageurs qui décident de laisser derrière eux le confort matériel promu par une société dont ils ne reconnaissent plus les valeurs et dans laquelle, au nom de notre « sécurité », se dressent partout des caméras de surveillance, des radars, des plans Vigipirate.

« Nous avons aussi appris que la plus grande mutilation que l’on puisse faire à l’homme, c’est de le priver de toute insécurité. L’insécurité nous a forcés à tirer de nous-mêmes des richesses que nous ne soupçonnions pas : imagination, créativité, résistance physique et psychique, victoire sur les privations de toutes sortes, les inconforts. » Du Sahara aux Cévennes : itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, (p.231) Pierre Rabhi

En plus de ces nouvelles règles de vie et de leur exploit cycliste, Solidream se lance de grands défis, des épreuves à surmonter, histoire d’accentuer encore la tonalité épique de leur aventure.

Explorer par soi-même

La descente du Yukon River en radeau

« Les kilomètres défilent et les heures à rouler sous le soleil facilitent peut-être l’émergence de pensées ambitieuses dont Brian entame le ballet en proposant de descendre le Yukon en canoë. L’idée est séduisante mais il manque quelque chose à ma quête. Je souhaite vivre une expérience proche de celle des audacieux chercheurs d’or de la fin du XIXe siècle. […] Aussi, le potentiel d’une équipe solidaire et ambitieuse m’émerveille depuis l’adolescence. Je propose aux copains de descendre la rivière sur un radeau construit de nos mains : ils acceptent ! », Solidream, Morgan, p125

Faire l'expérience de l'été boréal et de ses jours ininterrompus au fil de l'eau, dans la région septentrionale du Yukon, justifie les efforts déployés pour concrétiser l'aventure

Emprunter les voies audacieuses des chercheurs d’or, c’est se glisser dans le sillon des pionniers. En entrant dans le grand wild canadien et, plus tard, sur les terres sauvages de l’Alaska, les aventuriers recherchent l’exaltation de celui qui, le premier, découvre un territoire inexploré. Vierge. Où l’on a la liberté d’explorer par soi-même et de tracer son propre itinéraire.

Les neurosciences démontrent aujourd’hui que plus le cerveau apprend à emprunter des voies nouvelles, plus il est capable de le faire. Il est possible d’ancrer soi-même les habitudes de pensée qui nous conviennent grâce à la répétition et à l’expérience vécue. Sur la route du monde, les 5 amis découvrent, goûtent, expérimentent.

« Nos 5 sens étaient fortement sollicités, par la diversité de l’aventure, par les changements de mode de vie, de paysages, de rencontres. L’émotion étant fortement présente et de manière très intense, je suppose que mon cerveau a mieux « imprimé » ces 6 mois que n’importe quelle autre période de ma vie… » Bertrand, Retour à la réalité…8 mois plus tard

Être préparé, déterminé et à l’écoute de soi

L’ascension du Mont Tom

Aux États-Unis, Solidream fait un nouvel arrêt, pour explorer les hauteurs cette fois. Pour leur première expérience d’alpinisme, après avoir minutieusement préparé leur ascension, ils partent à l’assaut du Mont Tom.

À 3 600 m, après plus de six heures d'ascension depuis le camp de base, l'équipe atteint un terrain abrupt où la marche laisse progressivement place à l'escalade périlleuse.

« A 4163 mètres d’altitude au sommet du mont Tom en Californie, nous apprécions le panorama, fiers de notre première en alpinisme. Une semaine auparavant, nous étions à 85,5 mètres sous le niveau de la mer dans la vallée de la Mort. Seul Étienne se fait secouer par cette transition brutale et manque à l’appel sur la dernière cime. », Solidream, p91

Malgré leurs antécédents sportifs et les milliers de km à vélo qui commencent à s’accumuler, ils décrivent leur expérience comme une véritable épreuve physique et mentale où le moindre faux pas aurait pu être fatal.

« si l’abnégation fait progresser, un appétit démesuré pour la réussite est dangereux […]. Nous saisissons combien la limite est ténue entre un acharnement faisant progressivement augmenter le risque et la sagesse de celui qui anticipe le retour et comprend, dans la plus extrême des fatigues, qu’atteindre le sommet est facultatif. Seule la redescente est obligatoire, et la clé de ce dilemme est l’écoute de soi. », Solidream, p91

Prendre des risques

Escapade illégale vers le Tibet

À Chengdu, Siphay, Brian et Morgan attendent leur visa. Il leur est interdit de sortir de la ville. Le Tibet est à portée de roues. Ils se lancent illégalement dans une boucle de 850km passant un col à 4000m d’altitude dans l’Himalaya. 6 jours plus tard ils sont de retour à Chengdu.

« Il est parfois trop facile de se laisser abattre par les règles, de déplorer la fatalité imposée par les lois. L’adrénaline recherchée dans l’aventure, ce n’est pas simplement gravir des montagnes, c’est aussi se réjouir d’avoir osé ne pas choisir une destinée fâcheuse, trépigner d’affronter une circonstance malheureuse. Se soumettre à l’ordre quand on le trouve stupide, c’est accepter d’être sa victime. Mais flirter avec l’illégalité, c’est la titiller pour mieux comprendre sa nature. La récompense est le bousculement des idées reçues, la mise en perspective d’un a priori. C’est en ça que les défis permettent de progresser et de donner chaque fois une direction nouvelle à son esprit. », Solidream, p204

Pourtant dans l'illégalité après avoir quitté la ville de Chengdu sans passeport, l'équipe remplace l'attente administrative par l'ascension d'un col à près de 4 000 m dans les contreforts de l'ancien Tibet dans le Sichuan, en Chine

À quel moment la désobéissance est-elle une simple transgression infantile de l’autorité ou le refus d’un statuo quo que l’on estime injuste ? Jusqu’où avons-nous le droit de traverser les lignes frontalières qui nous sont imposées ? Remettre en question est un exercice de funambule qui requiert un certain sens de l’équilibre.

Lever les freins

La traversée de l’Outback australien 

« Notre tour du monde est une succession de défis faisant crépiter notre imagination qui parfois s’enflamme assez pour brûler nos corps dans l’action. Ce coup-ci, ça se passe sur l’Oodnadatta Track- la voie d’échange autrefois empruntée par les Aborigènes puis par The Old Ghan, l’ancienne voie ferrée nommée par allusion aux chameliers afghans envoyés en Australie au XIXe siècle pour explorer l’Outback. À l’entrée de la piste isolée, un policier tente de nous dissuader de l’emprunter : de nombreux touristes mal préparés aux conditions climatiques extrêmes y ont péri. », Solidream, p147

Ceux qui partent à l’aventure peuvent être enviés et encouragés par ceux qui restent. Mais quand l’ambition dépasse ce qui peut être envisagé par chacun, qu’elle devient « impossible », « folle » voire « irraisonnable », les mises en garde se multiplient. Des « gardiens du seuil » réels ou symboliques, extérieurs ou intérieurs, barrent la route pour éprouver la détermination de celui qui s’aventure hors des sentiers battus. Au cours d’un voyage, il arrive que seul l’aventurier soit en mesure d’évaluer s’il est « raisonnable » de continuer. Cela dépend du contexte, de sa lecture de la situation, de l’entraînement du groupe, de sa cohésion et de ses propres ressources.

« Les gens qui nous connaissent pas, ils nous prennent pour des tarés. En fait nous on n’est pas des tarés. On est des gens qui mesurons les risques, qui manageons les risques et qui partent en connaissance de cause dans des endroits reculés. On nous a dit pareil en Amazonie, on nous a dit pareil quand on a fait la descente du Yukon en radeau, on nous a dit de ne pas y aller. Mais si t’écoutes tous les gens qui te disent de pas y aller et ben le trip autour du monde, tu le fais pas. » Brian dans le Solidfilm N°26, Australie, du kitebike dans l’Outback.

Pendant 450 km, l'équipe évolue dans la très reculée Oodnadatta Track où trouver de l'eau devient le challenge le plus difficile à surmonter.

L’épopée Solidream 1 – Le rêve

Cet article est basé sur l’aventure Solidream, 5 jeunes aventuriers partis faire le tour du monde en vélo pendant 3 ans. Pour tout savoir de leur épopée, je vous conseille de visiter leur site www.solidream.net

Introduction

On associe d’emblée la créativité aux artistes, à la capacité d’être original. Ce n’est pourtant qu’une seule de ses multiples facettes. Pour moi le pari de la créativité, c’est rendre possible l’impossible.

Dans ses fondements, ce voyage est binaire :  oser rêver et implémenter sa vision dans le réel. C’est le « Fais de ta vie un rêve et de ton rêve, une réalité » de Saint-Exupéry repris pour emblème par Solidream.

A l’origine du projet Solidream, il y a déjà l’ambition de vivre une aventure de créativité dans ces 3 mots, Rêve – Défis – Partage.

Le rêve – Oser une vision originale et ambitieuse

« La dimension onirique de la créativité est d’une importance capitale. Savoir s’extraire du quotidien, de la réalité et ses contraintes de toutes sortes est nécessaire pour pouvoir imaginer ce qui n’existe pas. Le recours au rêve, à la visualisation, à l’imaginaire dénué de tout lien avec la réalité, dans un état d’esprit de total lâcher-prise nécessite un entraînement particulier, tant pour arriver à s’abandonner que pour réussir à oser exprimer l’inexprimable socialement parlant, et pour arriver par la suite à redescendre dans la réalité pour transposer, croiser, combiner. C’est accepter la part de mécanismes non contrôlés par la conscience dans l’inspiration créatrice. Or, l’aptitude à fantasmer a fait place, au moment du passage de l’enfance à l’âge adulte, à un ancrage excessif dans la réalité, créant une étanchéité entre conscient et inconscient, véritable carcan à la liberté de notre imagination et une perte de notre pouvoir de pensée latérale”. » Isabelle Jacob, Les clés du fonctionnement créatif

Le 29 août 2010 débute un voyage de trois ans sur tous les continents. Morgan et Siphay sont accompagnés de Bertrand qui laissera sa place à Brian au Chili. Etienne rejoindra l'équipe pour un an, des Etats-Unis au LaosLe 29 août 2010 débute un voyage de trois ans sur tous les continents. Morgan et Siphay sont accompagnés de Bertrand qui laissera sa place à Brian au Chili. Etienne rejoindra l’équipe pour un an, des Etats-Unis au Laos.

Dans le domaine de mon curieux métier de formatrice en créativité, nous employons l’expression « faire un voyage créatif » comme une ritournelle. En France, les écrits sur la créativité sont forgés dans le champ lexical du voyage et de la géographie. Peu à peu le terme « voyage créatif » s’est imposé comme métaphore du processus créatif.

« le territoire de la créativité est immensément étendu, avec des frontières communes aux terres de l’imaginaire, irrigué par les sources des mythes et des archétypes, parcouru par les brumes de l’inconscient individuel et collectif, et ailleurs un paysage d’allées rectilignes où des managers s’agitent pour déposer des brevets d’invention. Au passage, le territoire est traversé par le fleuve de la création artistique aux innombrables affluents qui fascine les populations ébahies. » Guy Aznar, Synergies Europe n° 4 – 2009

Si bien que j’en suis venue à me demander si l’inverse était vrai. Si le processus créatif est un voyage, quand peut-on considérer qu’un voyage est créatif ?

Juin 2013. Je rejoins mon compagnon durant son tour du monde à vélo couché. Sur les routes de Turquie, nous croisons 3 voyageurs à vélo. Joyeux et matinaux, Solidream rentre en France après 3 ans autour du monde. 54000 km à vélo sur les 7 continents et quelques défis plus tard, ils parlent de leur amitié, des personnes qui les ont soutenus, de la fête qui se prépare à Port-Camargue.

L’épopée singulière de Solidream fait écho au processus créatif à tel point que je me demande si ce n’est pas lorsqu’elle est vécue au sens premier que l’expression « voyage créatif » prend tout son sens.

Revenir en Europe après plusieurs années de découverte du monde offre un nouveau regard sur sa propre société mais réserve aussi des surprises : retrouver sa culture peut être un chocRevenir en Europe après plusieurs années de découverte du monde offre un nouveau regard sur sa propre société mais réserve aussi des surprises : retrouver sa culture peut être un choc

« L’innocence de l’enfance offre une vue sur le monde sans préjugés et permet de voir les choses telles qu’elles sont réellement. » Morgan, Solidream p11

La pensée onirique : le rêve des enfants

Dans le témoignage des voyageurs au long cours, chaque jour plus nombreux à sillonner la planète, il s’agit souvent de « réaliser un rêve d’enfant ». Le « rêve d’enfant » est longtemps porté, parfois en secret, parfois cabossé. Il se peut qu’il ait dû s’accrocher de toutes ses forces pour rester à nos côtés, dans l’espoir de se voir concrétisé un jour. Porter un rêve d’enfance est une grande responsabilité.

La recherche d’enthousiasme jalonne les chroniques du site Solidream depuis 2010. Ils cultivent l’optimisme, l’humour et l’autodérision comme discipline quotidienne. En les rencontrant, on les découvre simples et espiègles, comme le sont les enfants qui se lancent les yeux brillants, des « Alors cap ou pas cap ? ».

Héritage et imprégnation

Le voyage de Morgan autour du monde et l’héritage multiculturel de Siphay

« À l’origine, il y a un enfant qui, pendant 7 ans, parcourut le monde à la voile avec ses parents. Un enfant qui non seulement découvrit l’Afrique, l’Amérique et les îles tropicales mais, surtout, écouta son père Claude Monchaud, raconter ses aventures à bord de Kim, le voilier sur lequel il avait circumnavigué et hiverné dans le Grand Sud avec trois coéquipiers. De retour en France, Morgan, alors âgé de 8 ans, ne cessait de répéter qu’il repartirait faire le tour du monde. » Éditions Transboréal (par la plume d’Émeric Fisset), Solidream, p3

La première phase du processus créatif se nomme « l’Imprégnation ». Il s’agit du contexte préalable à la formulation d’un désir. L’Imprégnation du projet Solidream est dense. Elle est constituée des récits d’aventure lus et relus par l’équipe, de Jack London à Rudyard Kipling. Jusqu’ici, l’histoire peut nous être familière. Sauf que les racines, ici, sont plus profondes.

Devenu adulte, fidèle à sa promesse d’enfant, Morgan envisage de réaliser son propre tour du monde à vélo et crée Solidream. Siphay décide très vite de partir avec lui. D’origine chilienne et laotienne, Siphay est également « imprégné » d’un héritage singulier.

« En France, j’ai été élevé au sein de ma famille laotienne. Du coup, avant même de tremper ne serait-ce qu’un orteil dans le Mékong il y a une douzaine d’années de cela, je baignais déjà dans les histoires contées par mon grand-père qui gravitaient toujours autour de ce fleuve mythique. » Siphay, Solidream, p 177

L’Appel de l’Aventure

Les hésitations de Brian, la frustration d’Etienne, les engagements de Bertrand

Death Valley, Californie, USAUne mauvaise piste de cailloutis permet de s’extraire du fossé d’effondrement de l’Eureka Valley, devant les sommets de Last Chance Range, et d’atteindre le col de Waucoba, à 2 316 m d’altitude.

Les membres Solidream ne rêvent pas tous d’explorer le monde depuis l’enfance et Brian met longtemps à prendre la décision de partir pour 2 ans et demi.

« Étant d’une famille qui n’a pas ce genre de désir comme choix de vie a priori, passer le cap de m’engager à fond n’a pas été facile. Clairement, pour moi, c’est l’appel des copains qui m’a poussé à enfin faire le premier pas. » Brian, Solidream

Les histoires d’Étienne et de Bertrand dans l’épopée sont plus en pointillées. Après un an, Étienne rejoint l’équipe 2 fois, aux États-Unis puis en Océanie.

« Par manque de cran, par peur d’un je-ne-sais-quoi, voilà un an que les remords me rongent et que les regrets m’envahissent. Cela m’aura toutefois appris une chose : me voilà désormais sûr de mon envie et mon choix de rejoindre mes amis pour cette expérience. » Etienne, Etienne rejoint l’équipe aux USA

En créativité, l’Appel de l’aventure correspond à la Formulation du défi. Cet élan initie le changement. Il est très lié à nos motivations intrinsèques en ce sens que, pour se mettre en chemin, il nous faut souvent une bonne raison. Ce défi peut être un problème à résoudre, une commande ou un désir personnel. Parfois, le désir est fort mais nos résistances le sont plus encore. Le temps et la frustration de voir un projet se réaliser sans nous peuvent suffirent à nous donner l’élan. Un an après le départ de ses amis, Étienne démissionne et prend l’avion. Son entrée dans l’aventure est différée mais rendue possible par la flexibilité du groupe. Chez Bertrand, l’Appel est différent. Il rejoint l’Antarctique avec Morgan et Siphay depuis la France.

« J’ai mûrement réfléchi avant de prendre part au projet il y a 2 ans et je pense que ce choix reste le meilleur compromis pour moi. Je n’ai pas envie de m’éloigner trop longtemps de la vie normale. Ces 6 ou 7 mois resteront une belle parenthèse, riche en souvenirs et expériences qui ont changé ma manière d’aborder les choses. Rester plus longtemps serait un choix de vie qui ne correspond pas à mes attentes du futur. » Bertrand, Retour à la réalité après 8 mois

Si partir sur les routes pour 3 ans est un choix courageux, le courage réside parfois dans le fait de rester fidèle à ses propres engagements face à la force centrifuge d’un tel projet.

Même si ce n’est pas reconnu comme une condition créative en particulier, je pense que le fait que le rêve prenne racine dans les champs de connaissance des rêveurs eux-mêmes est déterminant. Si le projet Solidream est un défi sportif, c’est aussi parce que depuis longtemps les 5 amis pratiquent le sport et partent ensemble en voyages à vélo, en kayak, en France et à l’étranger. Leurs aventures d’alors paraissent comme les étapes préparatoires de leur tour du monde à venir. Le rêve Solidream se compose de quêtes individuelles, les unes interagissant avec les autres, les nécessités personnelles de chacun intensifiant la vision collective.

Une vision est forte lorsqu’elle émane de nous, de l’alliance de nos nécessités et de nos champs de compétences, des ressources à notre disposition, aussi modestes soient elles.

Le rôle du Mentor

Bénéficier de l’aspiration des prédécesseurs : les aventuriers du Kim

Solidream bénéficie de l’expérience de leurs grand-père, père, oncle, eux-mêmes inspirés puis soutenus par de grands aventuriers tels que Bernard Moitessier et Paul-Émile Victor.

Car des années avant d’embarquer sa famille pour un tour du monde en voilier, Claude Monchaud et 3 de ses amis effectuent le premier tour du monde de la famille Monchaud à bord du voilier Kim. L’équipée reste un an en hivernage. 30 ans plus tard, Solidream rejoint l’Antarctique à la voile, accompagnés du père et de l’oncle de cœur de Morgan à bord de leur bateau Ocean Respect.

Lorsque Solidream rentre en France, le 29 août 2013, Guy Lapomarède, le « père spirituel » des aventuriers du Kim, fait un discours intitulé « À tout héritier, il faut un héritage. »

« Vous êtes partis sur cette longue route il y a trois ans à la recherche de vos limites extrêmes, pour tenter d’atteindre l’inaccessible étoile que chantait Brel. Ces hommes exceptionnels vous y ont précédés. Un jour, ils sont partis tracer leur propre voie. Ils ont laissé leurs empreintes sur des pistes improbables, ils ont suivi d’étranges transhumances vers des dieux de pierre inconnus, vers des royaumes de glace ou le ciel et la mer s’épousent dans des noces furieuses et sublimes. Mais d’autres étaient partis avant eux, et d’autres encore avant, et encore avant. » Guy de Lapomarède, A tout héritier, il faut un héritage

L’importance du Mentor dans la découverte et l’épanouissement d’une vocation vient d’être réintroduite par Sir Ken Robinson, spécialiste de la pédagogie créative, dans son livre L’Élément (Editions Playbac). Selon lui, le Mentor remplit 4 rôles principaux: il identifie les aptitudes de son protégé, l’encourage, il lui facilite la tâche et le pousse à optimiser son talent.

Je ne sais pas si la réussite d’un rêve est proportionnelle au soutien dont il bénéficie. Toujours est-il que l’aide d’un ou plusieurs Mentors, qu’il s’agisse d’un père, d’un professeur, d’une compagne ou même d’un auteur, semble donner des ailes aux rêves les plus fous.

A Paradise Bay, en péninsule Antarctique, Ocean respect est escorté par un banc de manchots papous. L'accueil que réserve la faune au voyageur contraste avec les tempêtes qui sévissent dans la zone

A Paradise Bay, en péninsule Antarctique, Ocean respect est escorté par un banc de manchots papous. L’accueil que réserve la faune au voyageur contraste avec les tempêtes qui sévissent dans la zone

Rêver sa liberté

Rendre l’étrange familier et le familier étrange

Bien sûr, nous n’avons pas tous eu l’opportunité d’explorer la terre durant les 7 premières années de notre vie. Nous n’avons pas forcément des proches ou des amis d’enfance qui ont ce genre d’expérience. Certains d’entre nous n’ont même jamais eu d’amis d’enfance. C’est pourquoi parfois le projet Solidream me parait frustrant. Ou fascinant. Dans les deux cas, très loin de mes possibilités. Si le rêve inspire, personnellement la fascination me paralyse.

Sans jamais minimiser leur projet, Solidream parvient à rendre le rêve accessible. Et quand je parle de rêve, je ne parle pas de partir faire le tour du monde à vélo, ni même de partir. Par contre il s’agit bien de « se mettre en mouvement ». Le rêve Solidream, c’est celui d’être acteur de sa liberté jour après jour.

J’ai souvent l’impression que le mot « liberté » signifie « briser les contraintes quotidiennes de ma société et de mon héritage culturel » dans les récits d’aujourd’hui. Je comprends cette nécessité et même, je la revendique. Comme en créativité, le concassage des codes établis est un passage obligé pour qui veut retrouver du sens. Pourtant, pour ceux qui rentrent après une longue absence, l’intégration du voyage dans le quotidien est un véritable challenge. Car chez Solidream, il est question de partir. Et de revenir. Vivants. Plus vivants. De trouver un terrain d’entente entre l’Aventure extraordinaire et le Quotidien ordinaire. Entre le rêve et la réalité.

Isabelle G.